Littérature française

«La Parure»: catastrophe de deux existences.

Mini-commentaire composé sur le dénouement de «La Parure», de Maupassant
Québec, 1er mai 1995


     La nouvelle présentée ici s'intitule «La Parure» et son auteur est Guy de Maupassant.  Ce récit parut pour la 1ère fois dans Le Gaulois du 17 février 1884, et fut ensuite repris dans Contes du jour et de la nuit.  Voici, pour commencer, un bref résumé de l'histoire:

     Nous sommes à Paris, au XIXe siècle.  Mathilde, une très belle femme, était née d'une famille d'employés et s'était laissé marier avec un petit commis de l'Instruction publique.  Aussi était-elle malheureuse, car elle se sentait déclassée.  Un jour, son époux, M. Loisel, lui rapporta une invitation de la part du ministre de l'Instruction publique, M. Georges Ramponneau, et de sa femme pour une soirée.  Refusant d'abord avec tristesse, n'ayant rien à se mettre, Mme Loisel reprit sa bonne humeur lorsque son époux consentit à lui donner 400F pour qu'elle puisse s'acheter une toilette convenable, bien qu'il gardât cette somme pour s'acheter un fusil et s'offrir des parties de chasse, l'été suivant, dans la plaine de Nanterre.

     Cependant, le jour de la fête approchait et Mathilde semblait triste: sa toilette était prête, mais elle n'avait pas de bijoux.  Son époux lui suggéra d'aller voir Mme Forestier, une amie riche et une camarade de couvent de Mathilde.  Celle-ci lui prêta une rivière de diamants.

     À la fête, Mathilde obtint beaucoup de succès.  Tout le monde la remarquait.  Pour revenir chez eux, le couple Loisel prit un fiacre.  Puis, de retour dans son appartement, Mathilde remarqua qu'elle n'avait plus la rivière de diamants.  Ne la retrouvant plus, les Loisel décidèrent de la remplacer pour 36 000F, à l'insu de Mme Forestier.  M. Loisel avait déjà 18 000F de son père; il emprunta donc le reste, compromettant son avenir.  Pendant les 10 années qui suivirent, les Loisel travaillèrent à restituer leur dette, connaissant une vie pauvre et misérable.  Puis, un jour, rencontrant Mme Forestier, Mathilde lui raconta toute l'histoire.  C'est cette partie que j'approfondirai, soit le dénouement de «La Parure».

***

     J'ai choisi le dénouement de cette nouvelle parce qu'il est un de ceux dont la surprise finale me plaît le plus.  Mis en relief avec la nouvelle dans son ensemble, nous pouvons d'ailleurs en tirer une leçon, une réflexion qu'il nous appartient de poursuivre.  Les qualités littéraires du texte sont également intéressantes.

     Ainsi, nous nous trouvons à l'endroit où Mme Loisel va se promener aux Champs-Élysées.  Là, elle voit Mme Forestier.  Les adjectifs qualificatifs employés pour la décrire - «jeune», «belle» et «séduisante» - , soulignés par l'adverbe «toujours», constituent une antithèse vis-à-vis la description de Mme Loisel (dans le texte précédant le dénouement) qui, au cours des dix années de sa vie de labeur, est décrite comme «vieille», «mal peignée», «forte, et dure, et rude».  En effet, après avoir perdu la rivière de diamants de son amie, elle et son mari avaient décédé de remplacer secrètement le collier.  Ils avaient donc dû par la suite travailler au remboursement de leur dette, car ils avaient emprunté.  Le couple avait donc connu, pendant les dix dernières années, l'horrible vie des nécessiteux.  Enfin, Mathilde est tellement changée que son amie ne la reconnaît même plus lorsqu'elle tente de lui parler.  Ainsi dit-elle: «Mais... madame!...  Je ne sais...  Vous devez vous tromper.» et un peu plus loin: «Oh!... ma pauvre Mathilde, comme tu es changée!...»

     Mathilde décide de tout révéler à son amie au sujet de la rivière de diamants que Mme Forestier lui avait prêtée.  «Oui, j'ai eu des jours bien durs,» dit-elle, «depuis que je ne t'ai vue; et bien des misères... et cela à cause de toi!...»  Elle intrigue Mme Forestier, elle n'est pas explicite, elle ne dit pas tout, ce qui se traduit par des points de suspension.  Mme Forestier interroge Mme Loisel, et cette dernière lui explique l'histoire.  Mathilde confie à son amie qu'elle avait perdu son collier et qu'elle l'avait remplacé par un autre qu'elle et son mari s'étaient appliqués à payer depuis dix ans.  Enfin, elle ajoute: «Tu comprends que ça n'a pas été aisé pour nous, qui n'avions rien...»  «Rien» est un terme fort ici, et il est suivi de points de suspension.  En fait, il s'agit encore d'une opposition, d'une antithèse entre la pauvreté des Loisel et la richesse de Mme Forestier.

     Mme Forestier, toute surprise, veut s'assurer d'avoir bien compris et demande à Mathilde de confirmer ce qu'elle a entendu.  Puis, «d'une joie orgueilleuse et naïve», comme cela est dit, Mathilde sourit au fait que son amie ne s'était aperçue de rien, que les deux rivières de diamants étaient bien pareilles.

     Mais voilà le rebondissement final: le collier que lui avait prêtée Mme Forestier était faux, et valait au plus 500F!  Dix ans de misère inutile pour rembourser les 36 000F que lui avait coûté l'autre.

     De l'envie de paraître de Mme Loisel est né son malheur.  De son orgueil est né l'absurde.  Si elle avait été sincère dès le début en avouant la perte du collier à son amie, elle aurait évité toute cette comédie triste qui s'est terminée par une ironie tragique.  Un simple bijou fait la catastrophe de deux existences, un bijou qui finalement ne valait pas grand chose.  Mais la soif du paraître et de l'admiration, qui flatte l'amour-propre, qui met en valeur, a dirigé leur vie comme elle dirige celle de bien des gens encore aujourd'hui.  C'est un appel à la réflexion, une dénonciation de l'absurdité.

     Par ailleurs, nous pouvons voir combien ce dénouement est concis, allant droit au but, sans détour, et combien il est prompt, vif et bref.


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